La tzigane ou L'art de la liberté
La tzigane c’est une façon de s’habiller dans sa tête, de ne pas avoir besoin de murs, de respirer plutôt que de subir, de surgir plutôt que d’être attendu, c’est une panthère à double visage, toujours dans le présent et pourtant connaissant les prémices de l’avenir, se moquant des ignorants, des riches, son chemin n’a pas de destination son âme la guide et la tzigane remercie tous ceux et toutes celles qu’elle croise, car l’enseignement des faibles des pleutres des ignorants lui permet de concentrer son karma sur l’essence des êtres et de comprendre leur vies, a leur contact elle se transforme évolue se crée sans cesse, comme une divinité elle rejoint le sacré et ses mains deviennent racines qu’elle plonge dans la terre et elle ressent le sourd cœur qui palpite sous les os de l’humanité des femmes qui l’ont précédé et qui la libère de son karma. La tzigane n’a qu’un chemin comme une ligne noire épaisse et sinueuse comme des cheveux emmellés, comme le dessin d’une calligraphie faite par une main fine et déterminée, comme la lame d’un couteau qui se plante dans le cœur de l’homme quand elle s’échappe.
Une tzigane sait s’enfuir, déménager, revenir, se détruire, reconstruire, et ne pas avoir peur quand on met les pieds dans le vide et qu’on regarde l’ange de la mort, n’avoir aucun ego car rien n’a d’importance ici, la tzigane peut marcher pied nu, elle marche aussi dans l’autre monde, le monde des aborigènes, des chants sacrés, elle trace son lien dans l’adn de toutes les plantes vivantes, de tous les océans, des terres amérindiennes, là ou les chants s’élancent comme des tiges mélangées comme une liane entre les morts et les vivants, les lignes de ses mains ne sont que le trait d’union entre le ciel et la terre, entre le début et la fin, entre l’infini et le rien, elle transperce de son lien toutes les mythologies, toutes les religions, elle voyage entre les atomes, la ou le temps n’existe plus. La tzigane c’est la pureté du non attachement et du lien à toute chose.
La tzigane c’est le renoncement aux prix des choses, voler plutôt que payer, vivre plutôt que subir. Sinueuse et subtile, chaque geste est un dessin de son esprit, chaque regard en dit plus long qu’un philosophe, elle est avec son esprit sa connaissance et son sens de la vie. Sauvage et sensible, elle donne sans compter sans se restreindre, elle n’est pas dans le calcul, dans la domestication de l’âme, elle sert l’univers à travers les gens qu’elle croise sur son chemin, elle les soigne, elle les écoute elle les comprend, elle les touche et ils « les autres » deviennent plus humain un moment.
La tzigane c’est la liberté d’être soi face aux contingences de l’existence avec ce double regard intérieur extérieur sans médiocrité sans se focaliser sur les futilités de la vie, une paire de louboutin, un sac chanel, tout ça n’a aucun sens car quand on est dans son voyage on ne s’encombre pas avec l’égo des autres. La tzigane est une nomade elle voyage léger seule ou avec son clan, avec sa transmission car seules les valeurs de l’humanité permettent de se retrouver sur une carte du monde et dans sa carte intérieure pour garder sa conscience quand les autres l’ont perdus. Elle est le rempart, le point d’ancrage de ses sœurs, de ses frères de ses cousins de ses amis qui vivent comme elle sur la terre. Elle est le soutien, la main tendue, la chaleur d’un baiser pour l’enfant qui pleure, elle demeure la règle qui régit la transmission des valeurs, des contes, par sa bouche parle toutes les femmes de l’humanité. Elle est la liberté de l’esprit et la conscience des anciens dieux. Elle transmet aux ignorants par le corps et l’âme et non par le mental froid et non incarné.
La tzigane a le don innée de la danse, des pieds qui martellent la terre et de la lumière dans le rythme de ses bras, de la vibration de son cœur qui pénêtre sa tête et qui vole comme un oiseau dans le ciel, la liberté du corps, la liberté des mouvements quand elle s’élance dans la trance, les pieds sur la terre de Demeter et les mains qui touchent les aigles. Sous la terre les os de l’humanité entendent ses complaintes et commencent à se rassembler, ils s’émeuvent d’autant de souffrances, d’autant de passion pour la vie, d’autant d’espace dans un si petit corps, alors ils montent de la terre passent a travers elle et rejoingnent les aigles. Les deux univers se touchent puis replongent dans la terre nourrie de vie.
La tzigane c’est la culture du sacré, c’est l’union des cellules et des planètes, c’est la conscience de l’universel, l’union de toute chose en lien avec toutes les autres, de l’énergie et le chaos vient la création, la tzigane crée ce qu’elle est et crée par transmission ce qu’elle est autour d’elle et a travers les autres, c’est pour ça qu’elle soigne, elle relie les autres à la terre, elle relie le corps aux autres corps, aux plantes, aux océans, au ciel, au soleil. La tzigane déterre la conscience de l’humanité. Elle est allée chercher les os dans le désert des assoiffés de vie, les cadavres des transmissions manquées, les partages et les mensonges des amours déchus. La tzigane sait reconstruire, rendre le sang aux os et le cœur aux femmes et aux hommes. Tous se sont perdus, tous ont déchus par ego.
La tzigane voit dans le métro tous ses cœurs qui palpitent perdue l’humanité dans les tubes métalliques. Survivre dans la suffocation de la froideur des âmes abandonnées à la consommation sans la double porte qui donne sur l’autre univers. L’humanité pleure des larmes de verre qui coulent à l’intérieur, des rivières sans retour des fleuves sans avenir, sans le sens, écrasée l’humanité dans le métro.
Ou est le sens, ou est la conscience, ou est la transmission, ou est la liberté au coin d’un café remplis les verres de vins et les make up ajustés se dit la tzigane. Pas de liberté dans trop de besoins. Trop de formatage trop de cannibalisme des âmes. Trop de coupures des transmissions des ancêtres. Trop de déchirures des âmes. Trop de mal être et de malhonnêteté. Trop de marques et trop de référents. La tzigane parle pour dire les choses, la vérité, elle dessine pour écrire, elle écrit pour penser, pour comprendre. Les autres parlent trop pour rien. Vide les conversations que l’ennui convenu contient.
La tzigane se souvient de sa terre, la terre boueuse, les pieds nus dans la boue, les glissades, les rires, les violons qui dansent, la liberté, la chaleur des hommes, les chants qui les couvrent sous les étoiles, les orages, les odeurs des marchés, les enfants qui courrent, les cœurs de mendiants aux pieds nus, l’herbe fraiche du soir dans les champs, les vieux, le sourire des vieilles sur les bancs. La terre de la tzigane si peu de liberté et tellement libre. Le lien entre les gens, la terre, les montagnes, les familles, les enfants comme un serpentin fragile et vivant. La petite mélodie du bonheur que la tzigane porte en elle dans le creux de son cœur comme un parfum sacré et rare. Le temps sous la nuit étoilée s’est perdu dans le temps limité, la vérité mit sous le tapis des futilités comme de la vieille rancoeur. La nausée annonce le vide des âmes désarmées, affaissement de la terre et glissement de terrain, trou béant à l’intérieur, vide sidéral de la pensée, la voix muette des humains et leur gesticulations sociales énervent la tzigane. Squizofrénie sociale et comportementale dans les diners des riches et des biens pensant, la tzigane s’en fout. C’est la faillite de l’humain quand il n’est plus relié à rien. Le corps doit retrouver le chemin des cellules, il doit rentrer dans son ADN. Il doit refaire le chemin à l’envers. Se dépouiller de son égo, en est il capable, est il courageux pour mettre le pied dans le vide ? La cellule a perdu sa conscience, sa valeur intrinsèque, celle d’être relier et de suivre la règle « vivre comme si je devais mourir demain ».
La tzigane se promène dans ce magma d’inconscience, d’attitudes attendues, de rentabilité des sentiments comme un corps étrange et étranger. Désastre des situations et des non dits, des faiblesses et des mensonges quotidiens, répercutions des souffrances et du désamour sur les enfants du béton en poussette. Les humains ont perdus le sens du sacré. Ou est le sacré chez les femmes qui portent et qui transmettent, ses femmes sans bras, sans corps, broyées par le temps, l’économie du temps, la rentabilité de l’épouse formatée en représentation pour exister. Quel rôle linéaire et basique à coté des peuples primitifs. Ou est la liberté ? Ou est le temps de liberté d’échange de partage ? Ou est le lien ? Ou est la transmission de la vie ?
Qui a retiré le sacré aux femmes ? Ou est la terre ? Ou est le ciel ? Ou est le lien entre le féminin et le masculin ? Qui a cassé la règle ? Qui a laissé les os de l’humanité sous la terre ? Qui a laissé mourir le féminin sacré ? Qui a laissé vivre les hommes sans tête que les indiens d’Amazonie appellent les ignorants? Ou sont passés les corps qui s’aiment ?
La tzigane dit ramasser les corps, rassembler les os. Il faut pleurer sur les os pour soigner les plaies. Il faut de nouveau être courageux et nettoyer les âmes crasseuses, plonger en soi et retrouver l’adn du vivant, le cœur et l’amour.
La tzigane aime comme la pureté de l’enfant, la douceur du baiser, la tendresse du lien qui relie et qui soigne. Il faut revenir sur le chemin, marcher avec liberté sans destination, sans jugement car c’est le chemin qui soigne, c’est le chemin qui remplie l’âme les pieds sur la terre. Le chemin fait taire les peurs. La tzigane a balancé les valises de robes paillette et le shalimar dans le fossé. Plus besoin des étagères ikea sur le chemin. Plus besoin de rien on est seul face à la tzigane qui te parle et qui t’emmène dans son voyage. La tzigane prend son cœur, elle tire avec ses doigts l’étincelle de l’amour du monde et la porte à ton cœur. Elle lèche tes larmes jusqu'à ce que la souffrance disparaisse. Un nouveau rêve commence, le rêve de la liberté.
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